
À la maternité, la deuxième nuit, mon grand hurlait, j’avais mal au dos et je tapais « position allaitement » d’une main sur mon téléphone. Je te raconte les positions qu’on a testées, l’installation et les signes d’une bonne prise, de quoi souffler pendant les tétées. On démarre par la plus douce, la semi-inclinée.
Ce qu’il faut retenir
Pour ma puce, j’avais lu pendant la grossesse quelques pages sur l’allaitement biologique, et je l’ai testé dès sa première heure de vie, en peau à peau. Je m’installe à moitié allongée, bien calée contre trois oreillers, et je pose bébé à plat ventre sur moi, la tête entre mes seins. Guidée par ses réflexes, elle a rampé pour prendre le sein presque toute seule, et j’en ai pleuré, de fierté et d’épuisement mêlés. Cette position demande très peu d’efforts : elle permet à ton bébé de rester collé contre ton corps, et ce contact suffit à le maintenir sans que tes bras le portent. Elle m’a été très utile les premiers jours, avant la montée de lait, quand chaque mouvement tirait sur mes points.
C’est la position que j’imaginais avant d’allaiter, celle des tableaux : assise, bébé couché sur le côté, la tête près de mon coude. Avec mon grand, je l’ai tentée dès la maternité, sans savoir par quel bout commencer. Je me suis retrouvée penchée en avant, les épaules jusqu’aux oreilles, à tendre mon sein vers lui au lieu de l’approcher, lui, de moi. Résultat : une nuque en vrac au bout de trois jours, malgré les conseils de ma mère, qui avait allaité trois enfants. Ce qui a fini par marcher, c’est un coussin d’allaitement sous mon bras, pour monter bébé à la hauteur du sein. Avec ma puce, plus tonique, c’est devenu notre position du canapé, confortable et efficace.
Pour ma puce, je n’ai pas racheté de coussin d’allaitement : j’ai gardé mon coussin de grossesse en forme de boudin, replié en fer à cheval autour de la taille. Il soutient bébé à la bonne hauteur et soulage mes bras pendant les tétées du soir. Je n’ai aucun partenariat avec personne, et tu peux utiliser n’importe quel gros coussin ferme.
Le troisième jour, mon grand n’arrivait toujours pas à prendre le sein, et j’ai découvert cette variante sur une fiche punaisée dans le couloir de la maternité. Bébé est couché sur le bras opposé au sein qu’il va téter : pour le sein gauche, il repose sur ton avant-bras droit, et ta main soutient sa nuque et ses épaules, sans appuyer sur l’arrière de sa tête. Ton autre main reste libre pour présenter le sein à bébé, après avoir pris le temps d’exprimer quelques gouttes de lait sur le mamelon. Cette position permet de bien voir sa bouche s’ouvrir et de réussir la mise au sein au bon moment : c’est elle qui a débloqué notre allaitement. Une fois le geste acquis, on est repassés à la madone classique.
Mon grand est né par césarienne, et pendant une bonne semaine, le moindre poids sur mon ventre me faisait grimacer. Le ballon de rugby m’a tirée d’affaire dès notre premier allaitement en salle de réveil. Assise, je glisse bébé sous mon bras, le long de mon flanc, les pieds vers le dossier, sa tête dans ma main, face au sein. Rien ne touche la cicatrice, encore sensible malgré les soins, et cette position me permet de voir sa bouche. Plus tard, je l’ai ressortie avec ma puce, et mon grand m’a demandé, perplexe : « Pourquoi tu la portes comme mon ballon ? » Une amie, maman de jumeaux, nourrissait ses deux bébés en même temps de cette manière, un sous chaque bras, calés sur un grand coussin : pour allaiter des jumeaux, c’est la position la plus pratique qu’elle ait trouvée.
Avec ma puce, l’allaitement de nuit s’est installé dans notre lit dès la deuxième semaine, et ça a tout changé. Couchée sur le côté, je place bébé ventre contre ventre, son nez en regard du mamelon. J’utilise un oreiller calé dans mon dos pour tenir la position, et un autre entre les genoux pour le confort. Elle boit son lait, je somnole à moitié, et ce contact nous apaise toutes les deux. Cette position couchée m’a rendu des heures de sommeil, mais il m’a fallu un peu d’entraînement pour trouver le bon angle : les premières fois, ma puce glissait vers le bas et lâchait le sein toutes les deux minutes.
Le revers de cette position, c’est la somnolence. Plus d’une nuit, je me suis réveillée allongée contre ma puce endormie, et ce réveil-là m’a glacée. Les repères officiels que j’ai lus sur le couchage du jeune enfant disent que bébé dort sur le dos, dans son propre lit, sans couette ni oreiller. Chez nous, j’ai donc dégagé la couette de son côté pendant la tétée, et je la remettais dans son berceau dès qu’elle s’endormait, sans vouloir prendre de risque. Pour la sécurité de ton bébé, si tu envisages le cododo pendant l’allaitement, la sage-femme ou le médecin sauront t’en parler bien mieux que moi.
Le koala est arrivé tard chez nous, à l’âge où ma puce tenait bien sa tête et voulait tout voir autour d’elle. Elle s’assoit à califourchon sur ma cuisse, le dos droit, et prend le sein presque à la verticale. Avec mon réflexe d’éjection un peu fougueux, le lait arrivait d’un coup et elle s’étouffait à moitié, couchée dans mes bras ; assise ainsi, elle tétait plus efficacement, sans tousser. Pour les bébés gênés par un débit rapide, c’est celle que je testerais en premier. C’est aussi, de toutes les positions, la meilleure que j’aie trouvée pour donner le sein à l’extérieur : un allaitement discret, sur un banc ou en terrasse. Et mon grand, un brin jaloux, a réclamé très sérieusement : « Moi aussi, maman, je veux faire le koala. »
Il m’a fallu deux bébés à allaiter pour comprendre que la meilleure position d’allaitement ne sert pas à grand-chose si l’installation ne suit pas. Avec mon grand, je m’asseyais au bord du canapé, penchée en avant, et je finissais chaque tétée les reins en compote. Pour ma puce, j’ai pris l’habitude de m’installer confortablement avant même qu’elle réclame, plutôt que de m’arranger lorsque les pleurs avaient commencé : dos calé, pieds posés sur un petit tabouret, épaules détendues, et seulement ensuite je viens positionner bébé. C’est bébé qu’on amène au sein, pas l’inverse : ce repère tout bête m’a évité bien des crampes, et il m’a semblé plus important que le choix de la position.
Pour le corps de bébé, le repère le plus utile, dans n’importe quelle position, tient en une ligne : son oreille, son épaule et sa hanche alignées, sans qu’il ait besoin de tourner la tête pour attraper le sein. Le jour où j’ai essayé de boire un verre d’eau la tête tournée sur le côté, j’ai compris : c’est tout sauf confortable, et c’est ce qu’on demande à un bébé mal aligné. Je veille aussi à garder son corps collé au mien et à soutenir sa nuque sans pousser sur son crâne : dans mon cas, vouloir maintenir la tête de force faisait cambrer mon grand, qui repoussait tout. Que bébé et moi soyons assis ou allongés, ces repères valent pour toutes les positions d’allaitement que j’ai testées.
Avant de commencer le marathon d’allaitement du soir, je prépare une petite station bien utile : une gourde d’eau, mon portable, la télécommande et un lange pour les régurgitations. Bébé au sein, plus question de me relever, et les longues soirées passent beaucoup mieux quand tout est à portée.
Avec mon grand, j’ai cru pendant dix jours, malgré les conseils des copines, que la douleur faisait partie de l’allaitement. Il tétait du bout des lèvres, avec un petit bruit de clic, et mon mamelon ressortait pincé, comme un rouge à lèvres tout neuf. Pour ma puce, mon deuxième enfant, j’ai appris à regarder avant de serrer les dents. Quelle que soit la position, quand bébé prend bien le sein, sa bouche est grande ouverte, ses lèvres sont retroussées vers l’extérieur et son menton touche le sein, le nez dégagé, la tête légèrement en arrière. On voit davantage d’aréole au-dessus de sa lèvre qu’en dessous, et ses joues restent rondes, sans se creuser.
Le signe qui m’a le plus rassurée, pendant ce deuxième allaitement, c’est le rythme : après quelques succions rapides, bébé ralentit, et j’entendais ma puce déglutir à chaque gorgée, au moment où le réflexe d’éjection du lait se déclenchait. D’après les repères que j’ai lus, une tétée efficace ne fait pas mal au-delà des premiers instants. Si ça pince tout du long, je glisse un doigt propre au coin de ses lèvres pour casser la succion, et on recommence la mise au sein, sans culpabiliser. Pour savoir si le lait passe bien et juger de l’efficacité des tétées, je ne me fie pas à mon seul ressenti : dans tous les cas, la sage-femme ou le pédiatre suit avec toi les couches mouillées de bébé et sa prise de poids, notée dans son carnet de santé.
À la fin de la première semaine avec mon premier enfant, j’avais des crevasses aux deux seins et je pleurais avant chaque tétée, jeune maman épuisée, partagée entre l’envie d’arrêter l’allaitement et la honte d’y penser. Alterner les différentes positions d’allaitement m’a soulagée : ses lèvres ne frottaient plus toujours au même endroit, et la position du ballon de rugby épargnait la partie la plus abîmée. Les deux jours où je n’arrivais plus à lui donner le sein, j’ai dû tirer mon lait au tire-lait, la gorge serrée, en m’inquiétant pour ma production de lait. Les informations contradictoires des forums, lues à 4 h du matin, n’ont rien fait pour m’aider.
Le plus important, pour moi, a été d’appeler à l’aide au lieu de serrer les dents seule. J’ai mis dix jours à oser contacter une consultante en lactation, faute de savoir à qui m’adresser. Elle a observé un seul repas et a vu en deux minutes que la prise de mon grand restait trop superficielle : c’était exactement l’aide dont j’avais besoin. Il n’existe pas de position optimale pour toutes les mamans, et ses conseils m’ont surtout aidée à trouver la nôtre. En cas de difficultés d’allaitement, de douleur qui dure, d’un bébé qui s’énerve au sein ou du moindre doute sur la santé de ton bébé, les professionnels de santé, la sage-femme, le médecin, les services de PMI ou une association de soutien à l’allaitement, souvent joignable par téléphone, sauront t’aider bien mieux que moi.
Aujourd’hui, mon grand ne se souvient évidemment de rien, et j’ai continué d’allaiter ma puce bien plus longtemps que je ne l’imaginais, avec une fierté mêlée d’un petit pincement au cœur le jour de la dernière tétée. Voilà comment on s’est débrouillés chez nous, une position après l’autre, avec deux histoires très différentes. Et toi, quelle position d’allaitement t’a sauvée les premiers jours ? Raconte-moi en commentaire.
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