
Trois heures du matin, mon grand tousse sans s’arrêter, et moi je tape « calmer la toux enfant » sur mon téléphone, à moitié endormie. Voici ce qu’on a appris chez nous : les gestes du quotidien, les signes qui m’ont fait consulter, les fausses bonnes idées. De quoi passer des nuits plus sereines. On commence par les premiers réflexes.
Ce qu’il faut retenir
Le premier gros rhume de ma puce, attrapé à la crèche, je l’ai passé à compter ses biberons : elle toussait, refusait de téter, et je m’affolais pour chaque millilitre. Depuis, chez nous, faire boire reste le premier réflexe quand la toux s’installe. Pour un bébé de quelques mois, c’est son lait, au sein ou au biberon, en plus petites quantités mais plus souvent. Pour un enfant plus grand, de l’eau à température ambiante, proposée par petites gorgées tout au long de la journée. Je ne saurais pas dire si ça suffit à le soulager, mais une gorge moins sèche, ça m’a toujours semblé un bon début. Mon grand, lui, répondait « Non, j’ai pas soif ! » jusqu’à ce que je lui prête ma gourde.
Je l’avoue, les premiers lavages de nez de ma puce ont fini en pleurs, des deux côtés. J’ai eu du mal à trouver la bonne position : allongée sur le côté, la tête bien tenue, la dosette de sérum physiologique dans la narine du dessus. Jusqu’à 2 ou 3 ans, un enfant ne sait pas se moucher seul, et un nez bouché le pousse à respirer par la bouche, ce qui assèche la gorge et entretient la toux. Le lavage nasal permet de dégager le nez, la porte d’entrée des voies respiratoires : l’air passe mieux, et je le trouve utile pour faciliter le repas et le coucher. La pharmacienne m’a montré le geste une fois : dix secondes d’explication qui m’ont épargné des semaines de bataille.
Je garde la dosette de sérum quelques minutes dans ma main avant le lavage : le liquide tiédi surprend beaucoup moins qu’à la sortie du placard. Et à la maison, la poupée passe toujours la première : en voyant faire, l’enfant accepte bien mieux, et la corvée est devenue un jeu.
Ma grand-mère ne jurait que par la cuillère de miel avant de dormir, et je l’ai reprise pour mes loulous, mais seulement à partir d’un an. Avant, le miel n’est pas pour les bébés : on me l’a dit dès la maternité, à cause d’un risque de botulisme. Dans mon cas, c’était une petite cuillère le soir pour mon grand, puis on se brossait les dents. Est-ce que ça agit vraiment sur la toux ? Franchement, je n’en sais rien. Ce que j’ai vu, c’est que ce moment blotti contre moi l’aidait à se rendormir, miel ou pas, et que la cuillère était devenue notre petit rituel des soirs de rhume.
L’hiver où mon grand a enchaîné trois rhumes, j’ai remarqué que sa toux redoublait dans sa chambre surchauffée. Depuis, j’ouvre la fenêtre dix minutes deux fois par jour pour renouveler l’air, en pensant à fermer la porte pour ne pas refroidir toute la maison, et je baisse le chauffage la nuit. Un air trop sec ou enfumé favorise l’irritation de la gorge : chez nous, personne ne fume, ni à la maison ni en voiture, et je tiens la fumée de tabac loin des voies respiratoires des enfants, une question de santé pour toute la famille. J’évite aussi les bougies parfumées et les sprays là où dort un enfant, pour limiter ce qui gratte. Mon mari a même rangé son encens, c’est dire.
La seule fois où j’ai appelé le 15, ma puce jouait avec les perles de son frère : une toux brutale, d’un coup, en plein jeu, et moi sans savoir ce qui se passait. Elle a recraché la perle avant même que quelqu’un décroche, mais je n’oublierai jamais ces quelques secondes. Une toux soudaine pendant un repas ou un jeu, un enfant qui n’arrive plus à parler, à pleurer ou à respirer, c’est peut-être un objet coincé dans les voies aériennes : dans ce cas, c’est le 15 ou le 112, tout de suite.
L’autre urgence, je l’ai découverte avec mon grand, encore bébé, pendant une bronchiolite : il respirait vite, la peau sous ses côtes se creusait à chaque inspiration, et il refusait de téter. On a filé aux urgences, et je m’en suis voulu d’avoir attendu le matin. Une respiration rapide ou bruyante, des lèvres qui bleuissent, un enfant épuisé qui ne boit plus : depuis, là non plus, je n’attends pas, j’appelle le 15. Je ne suis pas médecin, et je préfère mille fois déranger pour rien que prendre un risque avec sa santé.
Avec ma puce toute petite, ma règle était simple : un enfant de moins de 3 mois qui a de la fièvre, c’est direction le médecin, sans attendre de voir comment ça évolue. Avec mon grand, plus tard, ce sont d’autres cas qui m’ont fait consulter rapidement : une forte fièvre qui ne baisse pas, une toux qui traîne encore au bout de plusieurs semaines, un enfant inhabituellement mou, qui mange et boit beaucoup moins. En cas de doute, j’appelle le cabinet pour obtenir un avis le jour même, et je note dans son carnet de santé ce que j’ai observé : les jours de fièvre, les nuits agitées, la fréquence des quintes.
Au début, je voulais faire taire toutes les toux de mes enfants, même la plus petite. Un jour, après trois nuits blanches, j’ai dit à mon mari que je donnerais n’importe quoi pour que celle de mon grand s’arrête. Il existe en gros deux types de toux, et j’ai fini par comprendre que la toux chez l’enfant n’est pas toujours une ennemie. La toux sèche gratte, ne produit rien et entretient l’irritation des muqueuses. La toux grasse, elle, aide à évacuer les glaires qui encombrent les voies respiratoires : la couper, c’est un peu empêcher le corps de faire le ménage, surtout quand le rhume atteint les bronches.
Chez nous, la toux sèche arrive souvent au début du rhume, avec la gorge qui pique, puis elle devient grasse quelques jours plus tard. Dans ce cas, je ne cherche plus à l’arrêter : je mise sur l’eau, le lavage au sérum et la patience. La toux sèche qui empêche de dormir, c’est autre chose : c’est d’elle que je parle au médecin, parce qu’elle épuise l’enfant et toute la maison, et qu’à ce moment-là je cherche surtout à soulager mon grand pour qu’il dorme. C’est ma façon de faire, pas une règle.
La première laryngite de mon grand, je m’en souviens encore : une toux rauque, comme un aboiement de phoque, en pleine nuit, et une voix toute éraillée au réveil. « Maman, j’ai une voix de monstre ! » Lui trouvait ça drôle, moi beaucoup moins. Je n’avais jamais entendu ça, et j’ai appelé le médecin de garde. Une toux rauque ou un sifflement quand l’enfant expire, je ne sais pas les interpréter à la maison : une laryngite, une bronchiolite ou un début d’asthme se ressemblent à mes oreilles, et c’est au médecin de faire la différence. Je fais examiner dans tous les cas, même si tout semble passer au matin.
Depuis deux ans, entre la crèche et l’école, mes enfants rapportent à peu près tous les microbes du quartier, et dans la plupart des cas, leurs toux viennent d’un simple rhume, parfois avec un peu de fièvre. La toux chez l’enfant suit souvent ces infections respiratoires qui touchent d’abord les voies aériennes supérieures, le nez et la gorge, avec leur lot de maux de gorge et de mouchoirs. Mais toutes ne viennent pas d’un virus : l’asthme, une allergie, par exemple aux acariens ou aux pollens, un reflux, la fumée de tabac ou un objet avalé de travers en font partie. Chez une amie, la toux de sa fille revenait à chaque printemps : une allergie. Je ne cherche pas l’origine moi-même ; je raconte au médecin ce que j’ai remarqué, et c’est lui qui fait le tri.
Les quintes de toux de mon grand arrivaient toujours vers minuit, juste quand je venais de m’endormir. Pour le soulager, j’ai fini par trouver ma routine : je le prends dans mes bras, je le redresse en position assise contre moi le temps que ça passe, je lui propose un peu d’eau si besoin, et surtout je garde une voix calme. Lorsque je paniquais, il paniquait aussi, comme beaucoup d’enfants qui sentent tout, et la toux nocturne repartait de plus belle. Un câlin apaisant, la lumière tamisée, quelques gorgées, puis retour sous la couette. Certaines nuits, j’ai refait ça cinq fois en me demandant comment j’allais tenir le lendemain, et pourtant j’étais fière de le voir se rendormir contre moi.
Quand ma puce était bébé, j’ai été tentée de glisser un coussin sous son matelas pour l’aider à respirer malgré ses voies respiratoires encombrées, comme des amis l’avaient fait pour leurs enfants. J’ai cependant renoncé en relisant les pages du carnet de santé sur le sommeil : même enrhumé, un bébé dort sur le dos, à plat, dans un lit sans oreiller, sans couverture ni tour de lit. Surélever le matelas n’est plus recommandé, et un tout-petit peut glisser dans une position dangereuse. Alors j’ai accepté les réveils, le cœur un peu serré certains soirs, et j’ai misé sur le lavage au sérum avant le coucher, en espérant réduire la toux nocturne et protéger ses nuits. Une nuit complète, on l’a attendue des semaines, mais elle a fini par arriver.
J’ai longtemps cru qu’un flacon réglait tout, jusqu’au jour où la pharmacienne a refusé de m’en vendre un pour ma puce, trop petite. Vexée sur le moment, soulagée après coup. Les fluidifiants ne se donnent pas avant 2 ans, et les sirops à base de codéine pas avant 12 ans ; pour les autres, c’est au cas par cas, car la toux chez l’enfant ne se soigne pas comme celle d’un adulte : l’âge, le type de toux, la durée et les effets indésirables possibles à chaque prise comptent. Un antitussif contre la toux sèche n’a pas le même rôle qu’un fluidifiant pour la toux grasse, et les associer n’a pas de sens. Aujourd’hui, je ne veux rien donner à mes enfants sans en parler à un professionnel de santé, médecin ou pharmacien, même pour un sirop en vente libre, par exemple contre le mal de gorge.
À la sortie de la crèche, j’entendais des parents réclamer des antibiotiques pour leurs enfants dès la première toux, et j’ai bien failli faire pareil. Un antibiotique agit sur les bactéries, pas sur les virus, qui sont derrière la plupart des infections respiratoires de l’hiver : sans cause bactérienne identifiée, il n’a aucun effet sur la toux et peut avoir des effets secondaires. Pour les traitements inhalés, même logique. Chez une copine, la chambre d’inhalation n’est arrivée qu’avec le diagnostic d’asthme de son fils, et c’est le médecin qui a choisi le traitement et montré le geste. Et à la maison, aucun traitement prescrit à un enfant ne passe à l’autre, même le flacon qui reste au fond de l’armoire.
Le bol d’eau bouillante sous une serviette contre la toux, je l’ai connu enfant, et j’ai voulu le refaire avec mon grand. Un seul geste de sa main vers le bol m’a fait renoncer : la vapeur chaude, avec un enfant qui gigote, c’est un vrai risque de brûlure, et dans le pire des cas au visage. Je me méfie tout autant des huiles essentielles et des baumes : certains produits utilisés chez l’adulte, diffusés dans l’air ou frottés sur la poitrine, ne conviennent pas aux enfants, encore moins aux bébés, et peuvent irriter les voies respiratoires, voire provoquer des convulsions chez les plus petits. Naturel ne veut pas dire sans danger. Je n’applique plus rien sur les loulous sans l’accord du pharmacien.
Ma grand-mère recommande encore l’oignon coupé sur la table de chevet, et j’avoue l’avoir essayé un soir, par fatigue plus que par conviction. Résultat : une chambre qui sentait la soupe, et mon grand qui a continué à tousser. Il existe autant de remèdes maison que de grand-mères, du jus de radis noir aux tisanes à base de plantes, et à ma connaissance, aucun ne s’est montré efficace à coup sûr. L’effet sur la toux, je ne l’ai jamais vu de mes yeux. Une solution naturelle peut faire du bien au moral ; toutefois, elle ne remplace jamais un professionnel de santé quand la toux de ton enfant s’installe ou inquiète.
Avec deux enfants et des hivers entiers de toux, j’ai surtout appris à ne pas jouer à la docteure avec leur santé et à faire confiance à ce que je vois. Il y a encore des nuits où je doute, seule avec mon thermomètre, et d’autres où je suis fière d’avoir gardé mon calme. Voilà comment on fait chez nous, ratés compris. Et toi, quel petit geste aide ton enfant quand la toux le réveille ? Raconte-moi en commentaire.
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