
Trois semaines après sa naissance, mon grand hurlait tous les soirs, et je pleurais avec lui. Je te raconte comment j’ai appris à décoder les pleurs du bébé, à repérer les signaux d’alerte et à souffler. De quoi aborder ces soirées avec plus de confiance. On commence par ses raisons de pleurer.
Ce qu’il faut retenir
Les dix premiers jours avec mon grand, mes tout débuts dans la parentalité, je n’avais qu’une réponse : dès qu’il pleurait, je lui proposais le sein pour le calmer. Il tétait à peine, puis recommençait à pleurer de plus belle. C’est mon mari, plus observateur que moi ce soir-là, qui a remarqué qu’il bâillait et se frottait les yeux juste avant : il avait le ventre plein, il tombait de fatigue et n’arrivait plus à trouver le sommeil seul. Depuis, je guette chez bébé les signes qui précèdent les pleurs. Un bébé qui a faim ouvre la bouche, tourne la tête sur le côté, porte sa main à ses lèvres et fait un petit mouvement de succion. Un bébé fatigué a plutôt le regard dans le vague, se frotte le visage et devient grognon.
Avec ma puce, deuxième enfant oblige, j’ai joué la carte de l’anticipation : je lui proposais à manger dès les premiers signaux et je la couchais au premier bâillement. Résultat : beaucoup moins de pleurs dans la journée. Rien d’infaillible, certains jours rien ne collait, mais ces deux repères m’ont évité bien des crises. Aujourd’hui encore, quand un bébé pleure autour de moi, je me pose la question dans cet ordre : a-t-il faim, a-t-il sommeil, ou a-t-il besoin d’autre chose ?
Ma puce, elle, avait un radar : elle dormait à poings fermés contre moi et se mettait à pleurer dès que son dos touchait le matelas du berceau. Les premières semaines, je l’ai reposée une vingtaine de fois par soirée, sans savoir pourquoi ça ratait, en culpabilisant de ne pas réussir à la « laisser » dormir seule. Avec le recul, je trouve ça logique : après neuf mois dans mon ventre, au chaud, bercée en permanence, elle avait simplement besoin de me sentir. Beaucoup de bébés pleurent ainsi, en recherche d’une odeur, d’une voix, d’un battement de cœur familier. Pour la rassurer, poser ma main sur son ventre ou lui parler tout bas suffisait souvent, sans même la reprendre.
Certains enfants réclament plus de proximité que d’autres, et ma puce était de ceux-là : pour elle, le contact était ce qu’il y avait de plus important. Mon entourage me promettait qu’elle finirait collée à mes jupes, et j’ai fini par arrêter de m’en excuser. Encore maintenant, quand ma puce pleure après un cauchemar, c’est ma main qu’elle réclame, et elle se rendort dès qu’elle la sent.
Un soir de juillet, ma puce n’a pas arrêté de pleurer. Couche propre, tétée refusée, câlins, chanson : rien ne parvenait à la calmer. C’est en déshabillant bébé pour le bain, au bout d’une heure de recherche, que j’ai trouvé la cause : un de mes cheveux, enroulé serré autour d’un orteil qui avait gonflé. Une fois le cheveu retiré, elle s’est apaisée rapidement, et j’ai quand même appelé le médecin pour qu’il regarde son pied. Depuis, quand les pleurs de bébé résistent à tout, je cherche le moindre inconfort : la couche, bien sûr, mais aussi, par exemple, une étiquette qui gratte, un pli de body ou un élastique trop serré.
Avec mon grand, mon premier enfant, j’avais commis l’erreur inverse : par peur qu’il ait froid, comme beaucoup de jeunes parents, je le couvrais de trois épaisseurs, bonnet compris dans l’appartement. Il pleurait, rouge et moite, et moi je rajoutais une couverture. Avec ma puce, j’ai pris le réflexe de toucher sa nuque plutôt que ses mains, souvent fraîches : si elle est moite, bébé a sans doute trop chaud. D’après ce que j’ai lu, une pièce entre 18 et 20 °C suffit pour faire dormir bébé, sans couette ni oreiller autour de lui.
Les soirs de crise, mon grand pleurait à heure fixe, les poings serrés, les jambes repliées sur le ventre, tout rouge. Le pédiatre a examiné bébé, puis a parlé de coliques du nourrisson, et ce mot m’a à la fois soulagée et frustrée : je pouvais mettre un nom sur ses cris, mais sans aucune solution miracle. Si j’en crois mes lectures, on parle de coliques quand un bébé pleure plus de trois heures par jour, plus de trois jours par semaine, alors qu’il est en bonne santé, et leur cause exacte reste mal connue.
Les coliques ne sont qu’une des raisons possibles, et je n’ai jamais su faire la différence seule. Des pleurs pendant ou juste après les tétées, un corps qui se cambre et de grosses régurgitations : c’est ce tableau qui avait fait penser à un reflux chez le bébé d’une amie, et c’est son pédiatre qui l’a confirmé. Une fièvre, un refus de boire ou des cris qui ne ressemblent à rien de connu peuvent aussi signaler qu’un enfant couve une maladie. Dans tous les cas, je n’ai jamais joué les expertes : c’est le professionnel qui examine bébé et qui tranche, pas un forum de parents à 2 h du matin.
Mes deux enfants ont suivi la même courbe, à des volumes très différents. Chez mon grand, les pleurs et les coliques ont grimpé dès la deuxième semaine, ont culminé vers six semaines, puis ont fondu presque d’un coup : un jour, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas hurlé la veille. D’après ce que j’ai lu, c’est une évolution fréquente chez les bébés, une étape de leur développement, avec un pic vers la sixième semaine et des pleurs qui diminuent généralement entre trois et quatre mois. Savoir qu’il y avait un sommet, donc une descente, m’a aidée à tenir.
Ma puce, elle, a beaucoup moins pleuré, et j’ai mis du temps à ne pas m’en attribuer le mérite, comme j’avais mis du temps à ne pas me reprocher les cris de son frère. Chaque enfant arrive dans la vie avec son tempérament : d’après ce que j’ai compris, il est normal qu’un bébé pleure bien plus qu’un autre, sans que les parents y soient pour quelque chose. Mon amie maman de jumeaux en est le parfait exemple : l’un hurlait des soirées entières pendant que l’autre dormait juste à côté. Ça m’a fait un bien fou de l’entendre.
Chez nous, le créneau redouté, c’était entre 18 h et 21 h. Mon grand passait une journée plutôt paisible, puis basculait en fin d’après-midi dans des cris que rien ne semblait calmer, pile quand je préparais le dîner d’une main, bébé contre l’épaule. Mon mari rentrait vers 19 h et trouvait deux mines défaites, celle de son fils et la mienne. Selon ce que j’ai lu, beaucoup de jeunes bébés pleurent davantage en fin de journée, et c’est souvent là que les coliques se font le plus sentir. Accumulation de la journée, fatigue, trop d’émotions ? Je n’ai jamais vraiment eu la réponse, et les parents autour de moi non plus.
Ce qui a fini par payer, c’est un rituel tenu chaque soir à partir de 18 h : lumière tamisée, bébé en porte-bébé, et un tour de l’appartement en chantonnant toujours la même chanson. Ça ne coupait pas les pleurs de bébé, ça les raccourcissait, et surtout, on se relayait toutes les demi-heures avec mon mari. Ces périodes m’ont épuisée, et pourtant j’en garde aussi le souvenir tendre de soirées parmi les plus longues de ma vie, contre lui, son souffle dans mon cou.
Pendant ma deuxième grossesse, j’ai passé des soirées à lire des livres de parentalité qui promettaient que chaque besoin de bébé avait son propre son. J’étais prête à apprendre ce dictionnaire par cœur, et avec ma puce, je n’ai jamais réussi à l’appliquer. Ce que j’ai appris, en revanche, assez vite, c’est à reconnaître ses pleurs à elle. Ses pleurs de faim montaient doucement, rythmés, de plus en plus forts si je tardais. Ceux de douleur partaient d’un coup, aigus, comme un cri de surprise. Ceux de fatigue ressemblaient plutôt à une plainte qui allait et venait.
Avec le temps, j’ai compris que le son ne suffisait pas : c’est le contexte qui m’aidait à la lire et à deviner ce qu’elle cherchait à exprimer. L’heure de la dernière tétée, une sieste écourtée, une journée chargée en visites donnaient du sens au cri. Mon grand, qui observait bébé avec beaucoup de sérieux, m’a demandé un soir : « Elle pleure parce qu’elle a pas encore de mots, ma sœur ? » Il avait tout compris : les pleurs sont son moyen de communiquer, pas une façon de nous mettre à l’épreuve. Personne ne connaît mieux ton enfant que toi, et cette confiance de parent s’installe peu à peu, au fil des jours.
La nuit où ma puce, à sept semaines, s’est mise à pleurer d’une petite voix inhabituelle, brûlante et molle dans mes bras, je n’ai pas réfléchi longtemps. J’ai pris la température de bébé, 38,5 °C, et j’ai appelé le 15, où une voix posée a su me rassurer et nous a envoyés aux urgences. On est partis à 2 h du matin, mon mari resté à la maison avec mon grand. Tout s’est bien terminé, mais j’en ai retenu une chose : dans ce genre de cas, on n’attend pas que ça passe. Depuis, pour savoir quand appeler, j’ai recopié au début du carnet de santé les signes qui, d’après les repères officiels que j’ai lus, justifient de demander un avis en urgence, en appelant le 15 ou le 112 :
Avec mon grand, vers cinq semaines, ses pleurs ont changé pendant deux jours : plus plaintifs, plus longs, sans fièvre ni autre signe. Je ne savais pas si c’était normal ou non, et j’ai hésité à appeler, de peur de passer pour la mère qui s’affole pour rien. C’est mon mari qui a pris rendez-vous. Dans mon cas, ce n’était rien de grave, et je suis repartie du cabinet rassurée, contente d’avoir su écouter ce petit malaise. Depuis, je considère qu’un parent qui trouve que son bébé pleure « pas comme d’habitude » a une bonne raison de demander un avis, même sans savoir l’expliquer.
Quand mon bébé pleure d’une façon nouvelle, ne se calme plus du tout, boit moins ou ne prend plus de poids, je n’attends pas : dans ce cas, je préfère prendre rendez-vous chez le pédiatre ou le médecin traitant dès la première inquiétude. Les services de PMI et la sage-femme répondent aussi aux parents, souvent par téléphone, et donnent volontiers des conseils. Je note ce que je remarque chez bébé, l’heure, la durée, ce qui a marché ou pas : devant le professionnel de santé, j’oublie toujours la moitié de ce que je voulais dire. Consulter pour rien, ça n’existe pas vraiment quand il s’agit de la santé de ton enfant.
Au début, avec mon grand, je dégainais tout en même temps pour le calmer : le sein, la tétine, le bercement, la chanson, le tour du couloir. Au bout de dix minutes, il était encore plus énervé, et moi aussi. Avec ma puce, j’ai changé de méthode : quand bébé pleure, la première chose que je fais, c’est prendre dix secondes pour l’observer avant de réagir. Ses mains, ses jambes, sa mine, l’heure de la dernière tétée, la couche, la température de la pièce, etc. Ensuite seulement, je réponds au besoin qui me paraît le plus probable, et je laisse à ce geste quelques minutes pour faire effet avant d’essayer autre chose. Ça ne marche pas à tous les coups, certains soirs aucune des raisons habituelles ne colle, mais cette petite pause m’évite la panique du parent débordé et, jour après jour, m’aide à mieux comprendre les besoins de bébé.
Sur la porte du frigo, j’avais scotché une petite liste des besoins de bébé : faim, couche, vêtements, sommeil, câlin, etc. À 3 h du matin, quand mon cerveau ne suivait plus, la relire dans l’ordre m’évitait de passer à côté d’une piste évidente.
Ma puce a passé une bonne partie de ses premiers mois de vie en écharpe de portage, contre ma poitrine, pendant que je pliais le linge ou que j’accompagnais mon grand à l’école. Sa respiration se calait sur la mienne et ses pleurs s’éteignaient souvent en quelques pas. Une écharpe tricotée prêtée par ma cousine a très bien fait l’affaire. Côté sécurité, un point important : je faisais attention à garder le visage de bébé visible et dégagé, et je jetais régulièrement un œil pour m’assurer que son nez restait libre et son menton décollé de sa poitrine. Beaucoup de bébés aiment être portés, et chez nous, ça a été une aide précieuse.
Avec mon grand, c’est le peau à peau qui a le mieux marché les soirs de coliques : bébé allongé sur mon torse, une couverture sur son dos, il finissait par se détendre, surtout après un massage du ventre tout en douceur. Quand je le prenais dans mes bras, je le berçais d’un mouvement lent et régulier, en me balançant d’un pied sur l’autre, toujours en soutenant bien sa nuque. Un bercement doux n’a rien à voir avec une secousse, et il m’a fallu du temps pour trouver la position capable de l’aider à se calmer le plus vite. Encore aujourd’hui, quand un bébé pleure dans un magasin, je me surprends à me balancer.
Le dimanche où toute la famille est venue rencontrer ma puce, elle est passée de genoux en genoux pendant quatre heures. Le soir, elle a continué de pleurer jusqu’à minuit, et rien à faire pour la calmer. J’ai compris ce jour-là que trop de visages, de voix et de lumières finissent par déborder un enfant si petit, et que les pleurs de bébé restent sa seule façon d’exprimer ce trop-plein. Elle ne faisait pas de comédie : ses émotions la submergeaient, tout simplement, et j’ai l’impression que bébé sent aussi très bien la tension de ses parents.
Depuis, les jours chargés, je fais attention à garder une heure de calme avant le coucher de bébé : volets mi-clos, télé éteinte, une pièce tranquille, un niveau sonore au plus bas. Mon mari aime écouter de la musique douce avec elle sur le canapé pour la calmer, et ça les apaise autant l’un que l’autre. Le ronron de la hotte de la cuisine marchait généralement très bien pour l’aider à redescendre, un effet que je n’explique toujours pas, et si elle pleure quand même, je la garde contre moi dans la pénombre. Je n’ai pas de recette universelle, chaque enfant réagit à sa façon, mais dans notre cas, réduire le bruit et la lumière a été plus efficace que d’en rajouter.
« Si tu le prends dès qu’il pleure, tu vas en faire un enfant capricieux. » Cette phrase, je l’ai entendue sans arrêt pendant les débuts de mon grand, avec d’autres conseils hérités d’il y a quarante ans, et j’ai douté. Selon ce que j’ai lu depuis, un tout jeune bébé n’a pas encore la capacité de faire un caprice : à cet âge, ses pleurs servent à exprimer un besoin ou des émotions qu’il ne sait pas encore gérer seul, et ça fait partie de son développement. Réagir aux pleurs de bébé ne lui apprend pas à manipuler, mais à savoir qu’on vient quand il appelle.
Chez nous, on a donc fait le choix de répondre, sans culpabiliser, même pendant ses crises de coliques. Avec ma puce, j’ai même eu l’impression qu’elle pleurait moins longtemps parce qu’elle savait que je finirais par arriver. C’est ma vision de la parentalité, et chaque famille trouve son équilibre avec ses enfants. Cependant, laisser pleurer bébé un moment en sécurité dans son lit, le temps de souffler, ce n’est pas l’abandonner : c’est parfois le meilleur moyen de rester un parent calme. En faire une méthode pour « l’habituer », je n’y suis jamais arrivée, et à mes yeux ça n’a rien à voir.
Une nuit de février, mon mari en déplacement, mon grand pleurait depuis le début de la soirée. Vers 3 h, j’ai senti monter une colère contre mon propre enfant que je ne me connaissais pas, et ça m’a fait peur. Plutôt que de réagir dans cet état, j’ai pris le temps d’installer bébé sur le dos dans son lit, sans rien autour de lui, j’ai fermé la porte et je suis allée m’asseoir dans la cuisine. Cinq minutes à respirer lentement, un verre d’eau, un message à ma sœur pour me calmer. Il continuait de pleurer quand je suis revenue, mais j’étais de nouveau capable de le consoler, et l’entendre ne me submergeait plus.
J’en ai parlé plus tard à la sage-femme de la PMI, la gorge serrée, et elle ne m’a pas jugée. D’après les campagnes de prévention que j’ai lues ensuite, c’est justement le réflexe proposé aux parents à bout : coucher bébé en sécurité, s’éloigner un moment, le temps de retrouver son calme et de laisser redescendre ses émotions. Ces mêmes messages rappellent qu’un bébé qui pleure quelques instants dans un endroit sûr ne risque rien, alors qu’un parent qui perd pied peut faire du mal à son enfant sans le vouloir. Savoir que ce geste était permis m’a soulagée après coup. Il arrive que la colère ne redescende pas : dans ce cas, si personne ne peut prendre le relais, appeler une ligne d’écoute ou le 15 reste possible, même en pleine nuit.
Dès la maternité, j’ai enregistré dans mon téléphone le 15, le numéro du pédiatre et celui d’une ligne d’écoute pour parents. En pleine crise, à 3 h du matin, je n’aurais jamais eu la présence d’esprit de les chercher.
À la maternité, le lendemain de la naissance de ma puce, une affiche dans le couloir parlait du syndrome du bébé secoué, et je suis restée plantée devant un long moment. Selon les repères que j’ai lus, secouer un bébé, même quelques secondes et sans vouloir lui faire mal, peut provoquer des lésions graves au cerveau, parfois irréversibles. Depuis, j’ose en parler sans détour à tous ceux qui gardent mes enfants : mon mari, la nounou, mes parents. Et je leur répète le plus important à mes yeux : si les pleurs de bébé deviennent insupportables, on pose bébé et on appelle quelqu’un.
Le relais, j’ai mis longtemps à le demander. Je voulais tout gérer seule, comme beaucoup de parents, et appeler à l’aide revenait pour moi à avouer que je n’étais pas à la hauteur. Un parent épuisé n’a pourtant pas à tout porter seul. Le jour où ma mère est venue garder mon grand deux après-midis par semaine pour que je puisse dormir, j’ai pleuré de soulagement, un mélange d’émotions où se glissait un peu de honte. Mon mari a pris les nuits du week-end, une amie déposait des plats pour nous aider, et la PMI m’a orientée vers une ligne d’écoute où j’ai trouvé des conseils et surtout une oreille. La parentalité ne se vit pas en solo, surtout quand ton bébé pleure beaucoup. Voilà comment on a tenu, chez nous. Et toi, qui vient prendre le relais quand tu n’en peux plus ? Raconte-moi en commentaire.
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